Désolidarisation des revenus du conjoint pour le paiement de l’AAH

Billet d'humeur...C’est mon deuxième billet sur ma vie perso, mais pour paraphraser quelqu’un… “Y en a gros !”. En titre de préambule, je vous remet ici le lien vers mon précédent billet “Etre papa et handicapé…” ! Vous l’aurez surement deviné grâce au titre de cet article, je vais vous parler de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH). 

Alors pour commencer, petit rappel… je suis une “personne en situation de handicap avec un taux d’incapacité égale ou supérieure à 80 %” – je déteste cette formule mais… passons ! – et pour être plus précis, je souffre d’une pathologie dégénérative de l’œil gauche se caractérisant par une cornée avec kératite ulcérative sur la partie centrale et – le pompon de la soirée ! – d’une destruction de l’épithélium et d’une atrophie des glandes lacrymal. Résultat : une cornée “pré perforatrice” (malgré plusieurs greffe) et une vision merdi***. Pour parfaire le tableau – et oui on a parlé que de l’œil gauche ! – j’ai été contraint d’effectuer l’ablation de l’œil droit ! Charmant non ? Bon, ça c’était la partie Dr. HOUSE ! 

Poursuivons avec le côté face de la pièce avec mon petit CV en 140 caractères : “J’ai fait du droit, j’ai été chef de projet dans le milieu informatique (Agence Web / SS2I). J’ai donné des conférences sur l’accessibilité des médias et des cours en informatique. J’ai été responsable administratif et financier dans une PME ; et enfin, j’ai adoré bosser à la Cour d’Appel”. 

Conclusion : je suis plutôt brillant, très drôle et d’excellente compagnie… et sans oublier… doté d’un ego stratosphérique (ouep, ça, je crois l’avoir déjà dit ;)) ! Le tout saupoudré d’une famille de trois enfants et d’une épouse charmante. Tout va bien… Oui mais non ! 

Ayant travaillé toute ma vie d’adulte ou presque, je ne perçois pas l’AAH compte tenu des revenus du couple et, bien qu’au début de ma carrière, j’ai perçu l’allocation compensatrice pour tierce personne (ACTP), je n’ai pas renouvelé ma demande ! À l’époque, je gagnais très bien ma vie et, je trouvais ça déplacé ! Plus récemment, j’ai du renouveler ma RQTH et par la même occasion mis à jour mon dossier auprès de la MDPH. Je vous offre ci-dessous les conclusions e la MDPH : 

Allocation aux adultes handicapés :  Le taux reconnu justifie l’attribution de l’AAH prévue à l’article L821-1 du Code de la Sécurité Sociale.
Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé :  Reconnaissance d’un handicap qui réduit votre capacité au travail. Compte tenu des éléments portés à la connaissance de la Commission, tant professionnels que médicaux.
Orientation vers le marché du travail :  La commission préconise un maintien en situation d’emploi. Compte tenu des éléments portés à la connaissance de la Commission, tant professionnels que médicaux.
Complément de ressources :  Reconnaissance d’un taux d’incapacité égal ou supérieur à 80%. Mais toutefois, elle ne vous a pas reconnu au taux de capacité de travail inférieur à 5%, ce qui ne vous permet pas de bénéficier du Complément de ressources prévu par l’article L821-1-1 du Code de la Sécurité Sociale.

Ça, c’était en 2017 ! À l’époque je travaillais comme responsable administratif dans une PME depuis presque 10 ans. L’année suivante, j’ai eu le plaisir douteux de perdre mon emploi avec le rachat de ma société par un groupe et de (re)perdre une grande partie de ma “faible” acuité visuelle récemment acquise après une greffe de cornée en urgence. L’année suivante, j’ai été hospitalisé pas moins de 4 fois en urgence aux 15/20 avec au bout du bout, un diagnostique aussi absolu que “ridicule” : “Inapte à toute activités professionnel incluant l’utilisation d’un écran” ! Sur 2020 et début 2021, suite à des infections oculaires à répétitions, j’ai été en arrêt-maladie près de la moitié de l’année ! Et aujourd’hui, je ne travaille plus et je me retrouve face au dilemme de la reconversion professionnel à 46 ans ! Depuis décembre 2020, je n’ai plus de droit aux indemnités journalières du pole emploi mais… j’ai la chance d’avoir une épouse qui travaille et qui gagne suffisamment sa vie pour subvenir seule à la charge de la famille. 

Et c’est là ou ce pose le problème : pourquoi ma femme devrait “souffrir” de mon handicap et subvenir exclusivement seule à la charge de la famille. Le fait d’être marié avec une personne handicapée n’est pas anodin ! C’est ma femme “valide” qui gère les courses, les urgences médicales, les sorties scolaires… Comment voulez-vous ? Au-delà d’un mètre, je suis bien incapable de reconnaitre mes propres enfants… 

Aujourd’hui, je dois me tourner systématiquement vers ma femme pour demander tous financements de ma vie quotidienne. Cela fait plus de 25 ans que ma femme et moi sommes en couple. Notre relation est loin d’être compliqué, ça ne lui pose aucun problème de “payer” pour son mari handicapé ! Mais ça reste injuste, non ? Encore une fois, ma famille vit correctement même si la perte d’un salaire entraine quelques “complications” ! Mais ça reste difficile à vivre. J’espère toujours retrouver une activité professionnelle… mais, même si j’ai eu beaucoup de peine à l’accepter, depuis que je ne travaille plus… sur écran, ma vue stagne ! Et c’est bien le mieux que je puisse espérer aujourd’hui ! Je refuse d’être aveugle… 

Je suis handicapé… mari ou père de famille, je reste un mari handicapé et… je reste un papa handicapé ! Le “couple” ne modifie en rien cette réalité ! Le conjoint d’une personne handicapée n’a d’autres choix que de prendre en charge non seulement le quotidien mais aussi les soins. C’est ma femme qui doit m’emmener en urgence à l’hôpital, c’est elle qui doit m’aider à donner un semblant de normalité pour les enfants. Et moi… finalement, un poids ! Le prix de l’amour ?! 

Quelques liens et contenu associé : 

Savez-vous qu’une personne handicapée vivant en couple doit demander l’accord et le financement de son conjoint pour payer chacune de ses dépenses de la vie quotidienne ? En effet, une loi française calcule le versement de l’Allocation Adulte Handicapée (AAH) sur les revenus du ménage. Ainsi, si le plafond des revenus du couple dépasse 19 607 euros, en 2020, l’AAH n’est plus versée à la personne conjointe handicapée. Ce plafond est aussi majoré de 5400 euros environ par enfant à charge.

Dès le dépassement de ce seuil, la personne conjointe handicapée n’apporte plus au revenu mensuel du couple ses 902,70 € d’AAH. Elle peut ressentir dès cet instant qu’elle n’existe plus socialement et qu’elle ne sert à rien, ce qui rajoute à ses difficultés dues à son état physique. Même si le couple bénéficie néanmoins d’avantages fiscaux non négligeables qui peuvent redonner à la personne conjointe handicapée le sentiment d’une certaine participation au budget du couple, il n’en ressort pas moins que le compte bancaire personnel de cette dernière n’est plus alimenté par cette allocation. Elle n’a donc plus la jouissance de l’utiliser comme bon lui semble et doit désormais se tourner systématiquement vers son conjoint pour demander tous financements de sa vie quotidienne.

Le jeudi 13 février 2020, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi supprimant la prise en compte des ressources du conjoint, concubin ou pacsé pour le calcul de l’AAH. Mais, dans les faits, les choses ne sont pas aussi simples et le chemin reste long et sinueux avant l’entérinement de cette loi. Pour nous aider à clarifier cette situation qui pèse énormément sur le moral des personnes handicapées vivant en couple, merci de bien vouloir soutenir notre pétition pour demander au législateur de prononcer dès que possible une nouvelle loi pour mettre fin à cette incongruité et injustice fondamentale. […]

Source : https://petitions.senat.fr/initiatives/i-416

 

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